La hijra en arabe, qui désigne historiquement la migration des musulmans vers un lieu plus sûr pour pratiquer leur foi, prend aujourd’hui une dimension nouvelle et complexe. En examinant pourquoi certains Marocains choisissent de faire la hijra , nous devons nous interroger sur les motivations qui les poussent à quitter leur cité d’origine et à chercher une vie meilleure ailleurs. Ce phénomène soulève des questions importantes sur l’authenticité de cette migration et sur les enjeux qui se cachent derrière.
La Hijra : une fuite ou un nouveau départ ?
Pour de nombreux Marocains, la hijra apparaît comme une manière de fuir les conditions difficiles de leur cité d’origine. Les villes du Maroc, où riches et pauvres cohabitent souvent, ne permettent pas toujours aux familles modestes d’accéder aux mêmes opportunités que les plus aisées. Ce contraste exacerbé pousse certains à chercher une vie meilleure ailleurs, loin des inégalités criantes.
En comparaison, en France, les enfants d’immigrés sont souvent relégués dans des cités en périphérie des grandes villes, loin des centres de pouvoir et de richesse. Cette ségrégation spatiale renforce leur marginalisation et limite leurs chances d’intégration. En ce sens, la hijra vers une autre ville au Maroc pourrait être vue comme une tentative de s’intégrer dans un environnement plus inclusif, où la mixité sociale est possible, et où les opportunités de réussite sont plus accessibles.
Une nouvelle terre promise ?
Cependant, cette nouvelle hijra vers des villes marocaines perçues comme des « eldorados » pose la question de la véritable intention derrière cette migration. Est-ce réellement un acte de foi, un désir de remplir son rôle d’ambassadeur de l’Islam en renouant avec sa culture d’origine, ou s’agit-il simplement d’une quête recherchant à satisfaire ses intérêts personnels et nourrir ses propres passions?
La tradition islamique enseigne que le musulman doit aller à la rencontre de l’autre, échanger, et apporter sa contribution à la société. Mais aujourd’hui, nous assistons à un phénomène où la hijra est parfois exploitée à des fins purement matérielles. Derrière ce terme sacré se cache souvent un business lucratif, « webinaire: comment s’installer au Maroc ? » où l’accueil des musulmans en quête de refuge devient un prétexte pour alimenter leurs intérêts économiques.
La hijra à l’époque du prophète : un acte de foi
Il est important de rappeler que la première hijra, effectuée par les compagnons du prophète Muhammad, était motivée par un besoin urgent de protéger leur foi face à la persécution. Ils ont quitté la Mecque pour l’Éthiopie, puis Médine, afin de pouvoir pratiquer l’Islam en toute liberté et sécurité. C’était un acte de foi, de sacrifice, où l’intérêt collectif prévalait sur les ambitions personnelles.
Aujourd’hui, la motivation derrière la hijra semble parfois déviée. Pour certains, elle alimente un fantasme de surconsommation et de satisfaction personnelle, plutôt qu’une véritable réflexion sur les défis de notre époque. Le désir d’avoir plusieurs épouses, par exemple, légiféré dans certaines régions, et de fonder une famille en espérant que ces enfants étudieront miraculeusement le Coran et deviendront des enfants pieux, détourne ainsi le sens originel de la hijra.
Une réflexion nécessaire
Face à ce constat, il est crucial de se poser des questions sur la nature de la hijra moderne. Sommes-nous en train de perpétuer une tradition spirituelle, ou sommes-nous en train de céder à des passions et à des intérêts personnels ? La hijra ne devrait pas être un simple moyen d’échapper aux difficultés ou de satisfaire des désirs personnels. Elle doit rester un acte de foi, guidé par des valeurs spirituelles et une volonté sincère de contribuer positivement à la société.
Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater comment certains posts semblent ériger la hijra en un nouveau pilier de l’Islam. Des questions absurdes surgissent : « Si j’ai une somme d’argent, dois-je l’utiliser pour la hijra ou pour le hajj ? ». Ce genre de réflexion révèle une déformation inquiétante des priorités religieuses, où des concepts nobles et spirituels sont détournés et simplifiés jusqu’à l’absurde.
Il est essentiel de se demander jusqu’où cette absurdité va nous mener. Sommes-nous en train de perdre de vue les véritables enseignements de notre foi ? Plutôt que de nous focaliser sur des choix matérialistes ou des migrations perçues comme des solutions miracles, ne devrions-nous pas retrousser nos manches et nous mettre sérieusement au travail pour résoudre les problèmes de notre époque ? La fainéantise et la lâcheté humaines semblent parfois nous pousser à chercher des échappatoires, à fuir plutôt qu’à affronter les défis de notre temps.
Il est grand temps de nous remettre en question. Nous devons réévaluer nos priorités, redéfinir nos objectifs, et retrouver le vrai sens de nos actions religieuses. La hijra ne doit pas être perçue comme un moyen de fuir nos responsabilités, mais plutôt comme des opportunités pour renforcer notre foi et contribuer positivement à la société. Le chemin de l’Islam est un engagement actif, un effort constant pour améliorer notre monde, et non pas une voie de fuite ou d’abandon face aux difficultés. Il est temps de redonner à nos actions leur véritable sens, en nous engageant sincèrement et avec courage dans les défis de notre époque.
En conclusion, la hijra moderne au Maroc risque de perdre son essence spirituelle si elle est motivée uniquement par des intérêts matériels. Il est important pour les musulmans d’aujourd’hui de se rappeler l’exemple des premiers compagnons et de réfléchir profondément à leurs intentions avant d’entreprendre une telle démarche. La hijra doit rester un acte de foi, de solidarité, et d’engagement envers les valeurs universelles de l’Islam.
Hana Elakrouchi