Au nom de l’Humanité

Aujourd’hui, les questions sociétales sont devenues très complexes et très confuses, comme si nous naviguions en mer agitée. Dans ce contexte, prendre du recul et de la hauteur est nécessaire pour ne pas perdre de vue les vrais enjeux et origines des problèmes, et pouvoir ensemble imaginer des alternatives réalisables. Notre époque est caractérisée par l’émergence de plusieurs crises : économique, politique, environnementale, etc. Mais, derrière cette avalanche de crises, ne vivons-nous pas plutôt une crise de sens ?

L’Homme et la conscience sociale

« Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole »[1]

Cette civilisation qui s’était voulue « humaniste » aboutit à un système qui, en même temps, méprise l’homme et le trompe pour finalement le détruire. Elle le méprise parce qu’elle le réduit aux fonctions matérielles et quantitatives de simple producteur et consommateur. Elle le trompe parce qu’elle lui fait croire que, grâce au progrès de la science, à une meilleure organisation sociale et à la libération des derniers « préjugés » et contraintes hérités du passé, il parviendra au bonheur et vaincra la souffrance, laquelle est pourtant attachée à la condition humaine. Enfin, elle le détruit en le corrompant, en le désintégrant et en privant sa vie de sens et d’espoir. [2]

Les vertus humaines (bonté, compassion, justice) ont été négligées voire bafouées. Il suffit de voir sur les réseaux sociaux ou d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe autour de nous : la pauvreté, l’oppression, l’exploitation, la violence, les guerres se sont propagées comme une trainée de poudre. Toute conscience animée par une étincelle de vie doit se révolter contre l’injustice et l’oppression. Si les informations, les marchandises, les hommes circulent, les maladies, les profits ou les pertes, les guerres peuvent en faire autant. C’est ceux à quoi nous assistons depuis la guerre Israël-Palestine. En effet, les multiples manifestations pour un cessez-le-feu partout dans le monde nous prouvent à quel point nous nous ressemblons dans notre humanité.[3] Dans ce schéma « pessimiste » de guerre que nous vivons, il y a de la lumière. Le premier angle d’attaque est de prendre conscience de nos valeurs mutuelles et de les mettre en application. 

La foi (religieuse ou valeurs) et la conscience sociale sont en lien. En effet, la foi n’est pas juste un ensemble de rites ou un dogme sans vie. Normalement, elle se préoccupe aussi de la condition humaine de toute l’humanité, sans faire de distinction de religions, d’ethnies ou de couleurs de peaux.

Aide-toi et le ciel t’aidera[4]

À l’heure où la modernité est reine, la foi appelle les hommes à rester humain et à parfaire cette humanité en nous. Chaque culture, chaque communauté a quelque chose d’universel : se connecter au meilleur de ce qui existe et faire le « tri sélectif » afin de réformer ce qui doit l’être. [5].

On sait combien il est difficile de résister à certaines tendances, idoles et illusions de notre temps ; ainsi que de s’accrocher à certains principes et valeurs dans la vie quotidienne. Cependant, notre foi nous donne une direction, une sagesse à suivre. Cet idéal n’appelle pas à nier la réalité et les difficultés de la vie, mais plutôt « d’accueillir », de supporter et de dépasser les épreuves. 

Cet idéal appelle à un art de vivre, un savoir-vivre dans les moments de joies et de douleurs, dans la paix et la guerre. Mais encore faut-il faire l’effort de passer de la théorie à la pratique. Rien ne se fait sans un travail personnel !

Cependant, l’homme craint l’effort, le changement de vision pour in fine servir la volonté de Dieu. Nous sommes tentés de nous installer dans notre confort, à l’abri, une sorte de « zone à ne pas franchir », à l’image d’un voyant rouge qui s’allumerait, en alerte dès que nous essayons de passer à l’action.

Il est vrai que notre société (les politiques et les médias) nous nourrit de peur : crise, chômage, pauvreté, attentats, mort, guerres…[6]

La culture du « débat intérieur »

Faire l’effort de construire sa foi dans la continuité en se tenant fermement sur ce chemin droit et pas seulement ponctuellement doit être notre raison de vivre. Dieu est avec toute personne qui aspire sincèrement à faire le bien pour soi et pour les autres. Alors pourquoi passe-t-on les trois quarts de notre vie à être victime de ces peurs, à vouloir un changement sans le concrétiser, à essayer de changer sans aller au bout ?   

Tiré du site lanouvellerepublique.fr/

Aujourd’hui, la vie n’est pas simple. Elle nous entraîne dans un tourbillon incessant. Peut-être qu’elle nous entraînera vers le fond sauf si nous sommes forts. Fort spirituellement pour construire ce pour quoi nous avons été créés et revenir aux fondamentaux de notre foi. Fort éthiquement afin de sortir de cette torpeur du superficiel et de la démesure qui nous fossilise dans l’inaction.

Fort humainement pour rappeler que le vent du changement impose souvent de dire « non ! » face aux humiliations de ceux qui croient avoir tout pouvoir sur nous. Fort intellectuellement pour donner à nos vies un horizon plus vertueux et remettre le Sacré à sa juste place, au centre de nos existences. L’espoir s’il n’est pas accompagné d’actions est vain. Nul n’espère de changements sans sacrifices, et nul n’espère de sacrifices sans récompenses. 

Najoua

[1] Amin Maalouf dans son livre Le dérèglement du monde. Edition : Le Livre de Poche.

[2]  Pour en savoir plus : Sofiane Meziani, Le défi du sens. Edition : AlBouraq

[3] Voir dans le Coran : sourate 49, verset 13.

[4] Proverbe biblique. Voir aussi dans le Coran : sourate 13, verset 11-sourate 8, verset 53.

[5] Pour en savoir plus : Abdullah Bilal Omowale, L’islam, âme de l’humanité. Edition : Maison de la Sagesse.

[6] Voir l’article sur le blog : « Noir, Jaune, Blues, le belge sous la loupe ! » publié le 9 février 2023.

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