L’appel irrépressible du voyage

Vers la mer, vers la montagne, à quelques heures de voiture ou au bout du monde, nous sommes nombreux cet été encore, à répondre à l’appel du large.  

Le besoin de changer d’environnement, de rompre la routine, de se reposer et de découvrir autre chose, pousse depuis toujours les gens à quitter leur foyer vers de nouveaux horizons. 

Dans le climat actuel de crise économique, beaucoup feront des concessions sur la durée et la proximité de leur voyage, opteront pour le camping ou l’hébergement chez la famille, mais essaieront de partir quand même. 

C’est que voyager a des vertus et des bienfaits innombrables. Un proverbe marocain dit : « Qui a beaucoup voyagé est mieux que qui a beaucoup vécu  » 

Pour commencer, les voyages permettent d’aller à la rencontre d’autres peuples, d’autres façons de vivre. Ils donnent à découvrir la beauté et la variété du vaste monde, et à méditer sur la création d’Allah ‘azza wa jal. 

Ils permettent de resserrer les liens familiaux en visitant ses proches, et peuvent aussi prendre une dimension spirituelle, dans le cas des pèlerinages par exemple.  

On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées

Hippolyte Taine 

Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Dans certaines cultures, il est courant que les jeunes gens, à la fin de leurs études, se lancent dans une sorte de voyage initiatique. Un premier voyage sans parents ni professeurs, censé représenter une sorte de rite de passage vers l’âge adulte. Le jeune se confrontera à certaines expériences, apprendra à se connaître aussi, et à développer son autonomie et sa « débrouillardise ».  

En Islam, le voyage est valorisé et encouragé. Plusieurs versets évoquent l’importance de rechercher l’amélioration de sa vie matérielle et spirituelle, quitte à se déplacer pour cela. 

« La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ? » S4 V97 

 « C’est Lui qui vous a soumis la terre, parcourez donc ses grandes étendues et mangez de ce qu’Il vous fournit. » S67 V15 

L’accent est mis également sur l’importance d’aller à la rencontre des autres : 

« Et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. »  S49 V13 

Le Coran ne s’arrête pas là. Il nous donne des conseils sur la préparation du périple : 

« Et prenez vos provisions. Mais vraiment la meilleure provision est la piété. » S2 V197 

 Le Messager paix et salut sur lui nous apprend qu’il faut choisir avec soin ses compagnons de voyage et désigner parmi le groupe un responsable et référent. 

Le calife Umar ibn al Khattab nous avertit que l’on ne connaît vraiment quelqu’un qu’à certaines conditions. Parmi celles-ci, avoir commercé ou voyagé avec cette personne. Car le vrai caractère des gens se dévoile pendant le voyage. 

Le terme qui désigne le voyage en arabe est d’ailleurs as safar, de la racine asfara, qui signifie se montrer, se dévoiler, apparaître.  

Car le prophète sws nous informe que « le voyage est une part du supplice. » Cela signifie que le voyage présente certaines difficultés comme la fatigue, l’inconfort, la promiscuité, la barrière de la langue, les problèmes de logistique pouvant se présenter. C’est ainsi que le voyage permet de mesurer les vertus, la patience et le bon caractère des gens. 

En outre, Allah ‘azza wa jal nous accorde plusieurs adaptations de nos rites religieux en voyage, afin de nous faciliter ce temps pas comme les autres. 

Le voyage est donc une des écoles de la vie, il permet de goûter à bien des plaisirs et découvertes, mais apporte parfois son lot de contrariétés et de déceptions.  

Cela reste en tous les cas, une aspiration profonde et renouvelée pour la plupart des êtres humains. De toute éternité et pour toujours. 

Hayat Belhaj  

Carnet de voyage: Istanbul, la multiculturelle

A la croisée de la Corne d’Or, du Bosphore et de la mer de Marmara, se trouve Istanbul, l’une des villes les plus touristiques d’Europe. Elle est visitée chaque année par des millions de personnes. Elle est aussi la capitale culturelle et économique de la Turquie. A cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie, antique et moderne, religieuse et laïque, aux influences européennes et du Moyen-Orient, on ne peut que tomber sous le charme de cette ville dont les contradictions lui donnent toute son authenticité. Découverte.

Marquée par la succession de trois empires, Istanbul renferme les vestiges d’une histoire plurimillénaire. Elle a été Byzance, la nouvelle Rome, puis Constantinople, la capitale de l’empire ottoman. Fondée en 330 après J.C. par Constantin, la petite ville connaît un développement rapide. Pendant près de 1000 ans, Constantinople constitue la ville la plus opulente et la plus puissante du monde chrétien. En 1204, pourtant chrétienne, la ville sera dévastée par les croisés.[1] Elle attire aussi la convoitise de ses voisins ottomans qui tenteront à plusieurs reprises de la faire plier alors que ses murailles sont dites imprenables…

1453: prise de Constantinople

Après plusieurs tentatives infructueuses, en 1453, un jeune sultan, Mehmet II change le cours de l’histoire en s’emparant de la ville à la suite d’un siège. Il aura fallu six semaines de bombardements incessants pour la faire plier. Le 29 mai 1453, l’assaut final est donné par les Turcs. Quelques heures plus tard, Mehmet II entre dans la ville conquise et se rend à l’église Sainte-Sophie, dite Haghia Sophia (ou encore Ayasofia en turc). Elle sera rapidement transformée en mosquée. Quatre minarets ont été ajoutés et les icônes ont été recouvertes. En 1934, un décret de Mustafa Kemal transforme la basilique en musée. En 2020, le président actuel Recep Tayyip Erdogan décide de lui redonner le statut de mosquée non sans susciter de nombreuses critiques du monde occidental.

Istanbul, ville touristique

Aujourd’hui, la richesse de son histoire attire les touristes du monde entier. En pleine saison estivale, les rues étroites sont animées à tout moment de la journée, notamment causé par le flot ininterrompu des touristes qui se pressent pour admirer les nombreux monuments : que ce soit la mosquée bleue (ou mosquée Soulayman), Ayasofia (Sainte-Sophie), le palais de Topkapi qui renferme les vestiges de l’empire ottoman, et certains effets personnels du Prophète[2] ou encore la traversée du Bosphore qui sépare deux continents. En 1985, la ville est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le Bosphore relie deux continents, l’Europe et l’Asie

Dans les dédales des rues pavées (d’ailleurs loin d’être idéal pour les balades en poussette…) les chats et les chiens errants sont nombreux. Ils sont soignés et vaccinés par la ville, ce qui leur permet de se balader aisément ou de piquer un petit somme sur les terrasses des cafés sans jamais être chassés. L’influence de la religion musulmane se fait ressentir à travers l’appel à la prière qui retentit cinq fois par jour, et la fermeture des sites (Ayasofia et la mosquée bleue) aux heures de prière.

Les artères commerçantes sont grouillantes, l’ambiance y est parfois étouffante et la circulation chaotique où les coups de klaxon et les coups de sang des chauffeurs de taxi sont légion… les restaurants et les commerces d’épices se succèdent, enveloppant les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Les commerces d’épices enveloppent les passants d’une infinité d’odeurs, de saveurs et de couleurs.

Pour les amateurs de shopping, un détour par le Grand Bazar est l’étape incontournable de ce voyage. A l’intérieur, c’est la découverte d’un monde à part : le plus grand centre d’achat au monde est un labyrinthe où se succèdent les commerces d’antiquités et d’artisanat, de lampes, vaisselles, vêtements, tapis, thés, pâtisseries… de quoi vous donner le tournis. La négociation n’est pas une option si vous ne voulez pas y laisser tout votre budget de vacances.

A l’heure du soleil couchant, le paysage est recouvert d’une lueur dorée…

A l’heure du soleil couchant, le paysage dominé par les minarets des mosquées est recouvert d’une lueur dorée lui conférant une atmosphère magique. Sur le pont de Galata, les pêcheurs jettent leur ligne dans les eaux à la recherche des anchois et autres sardines. Ici, la vue d’Istanbul est inoubliable. Les deux mosquées Soulayman et Ayasofia dominent le paysage, au loin la tour Galata surplombe elle aussi l’horizon. Quiconque voyage à Istanbul ne peut rester insensible aux charmes de cette ville tout en contraste, un dépaysement assuré où les trésors se dévoilent à chaque coin de rue. 

H.B.


[1] Chevalier chrétien occidental

[2] Paix et Bénédictions d’Allah sur lui