Ibn Battuta, le voyageur infatigable

Avec son histoire millénaire, Tanger est l’une des plus anciennes cités au monde. Elle a connu bien des invasions et fut longtemps un comptoir célèbre pour la circulation des hommes et des marchandises. 

C’est à Tanger qu’est né Mohammed bin Abdullah Al Lawati Al Tanji, plus connu sous son surnom, Ibn Battuta. Il naît en 1304 dans une famille de qâdis  (juges) berbères. Dès l’enfance, il étudie le Coran puis le Fiqh  (jurisprudence) malékite.  

A 21 ans, il décide d’aller accomplir le pèlerinage à la Mecque. Il quitte ses parents en 1325 et traverse l’Afrique du Nord en direction du Hijâz. À la fin de son pèlerinage, il ne rentre pas au Maroc mais continue à sillonner le monde. Une vocation est née chez lui et un grand amour du voyage.  Il fut un des premiers à envisager le voyage pour le voyage lui-même, donnant plus de valeur au voyage qu’à la destination finale. 

En 1326, il parcourt la Syrie, l’Irak et la Perse. De la Syrie il dira : «  Si le paradis est sur la Terre, c’est à Damas et nulle part ailleurs ». 

En 1331 il est en Égypte, ensuite en Anatolie, où il admire la position éminente dont jouissent les femmes kurdes dans leur société, puis en Inde.  

À travers ses voyages , il découvre un monde hétéroclite et multiple, où il se reconnaît néanmoins comme membre de la nation musulmane.  Il décrit parfois le sentiment de solitude et de l’éloignement de sa famille.  

En Inde, il se voit offrir la fonction de Qâdi et l’exerce pendant 7 ans.  

En 1341, il se remet en route vers les Maldives, puis la Chine et le Sri Lanka.  

En Chine, il découvre pour la première fois l’utilisation des billets de banque, alors inconnus en Europe et au Moyen-Orient.  

En 1349, la nostalgie et le mal du pays le gagnent et il retourne au Maroc après 24 années passées à sillonner le monde. Pour peu de temps cependant, car peu après, il repart. Al Andalous, Tombouctou, Ibn Battuta aura parcouru près de 120 000 km au cours de sa vie et traversé 44 pays sur 3 continents.  Souvent il se joint aux caravanes ou embarque sur des navires marchands.  

En 1354, il revient enfin au Maroc et réalise combien son pays lui est étranger. Il entreprend alors de le découvrir. 

 Sous l’impulsion du sultan marocain de l’époque, il dicte ses récits de voyage au secrétaire de la cour. Ses écrits, connus sous le nom de Ar Rihla  (  الرحلة ) sont un exemple type du carnet de voyage. 

Ibn Battuta y décrit ce qu’il voit, ses impressions et ses rencontres. Il fait connaître les mœurs de son époque, les traditions et modes de vie des peuples. Comme un historien des sociétés, il documente les cérémonies à travers les contrées.  Son récit de voyage est plus précis que celui de Marco Polo. 

Ses récits ont été largement étudiés par les géographes, les historiens et les ethnologues. Ils révèlent des détails, des anecdotes, des histoires sur le monde du 14ème siècle. Pour certaines régions du monde, comme le Mali et la côte Est de l’Afrique, ses récits sont les seuls dont nous disposons pour cette époque. 

Enfin sédentarisé et apaisé, Ibn Battuta meurt à Marakkech probablement en 1368, ou en 1377.  

Son récit de voyage, lui, a survécu, cristallisant dans les mémoires la soif d’un homme de découvrir le vaste monde et les hommes. 

Hayat Belhaj