Quand la nature humaine s’efface derrière les écrans

Contempler le monde avec sagesse

Mon cœur éveillé examine le monde. Chaque souffle que je prends, chaque son que j’écoute, chaque rencontre que je vis devient une expérience précieuse à mon évolution. Dans ce monde multiple, chaque élément et chaque être conservent leur singularité ; et c’est dans cette singularité que réside la richesse du vivant. Je contemple la métamorphose du monde, même lorsque la nature se raréfie au milieu des villes. Je ressens les saisons et leur influence subtile sur les êtres. Je contemple la perfection du cycle de la vie. J’admire la création des cieux et de la terre, des vents et des mers. Je m’émerveille des aurores et des couchers de soleil, de la lune et des étoiles qui illuminent la nuit. La nature détient des trésors qu’aucune invention ne peut imiter ni dépasser.

Regard sur la nature et le progrès

À l’aube des innovations technologiques et numériques, nous redéfinissons notre rapport au monde et à nous-mêmes. Tandis que le monde applaudit les progrès du numérique, je demeure fascinée par la puissance cognitive et créative des hommes. Avant d’innover, ces êtres intelligents commencent toujours par observer attentivement le monde, en percevant ses forces, ses faiblesses, ses besoins et ses opportunités. Leur curiosité, sans cesse renouvelée, les pousse à explorer l’inconnu. Ils analysent les phénomènes, réfléchissent et imaginent des solutions inédites. Peu à peu, ces idées se transforment en innovations, en découvertes, en progrès qui transforment notre réalité. Certes, les découvertes technologiques sont remarquables, mais le processus même de l’innovation par l’homme l’est encore davantage.
L’homme est un miracle vivant, créé par Allah soubhana wa ta’ala : son anatomie, sa physiologie, ses interactions biochimiques invisibles et continues, ses systèmes vitaux ainsi que sa capacité exceptionnelle à naître, croître, se réparer, s’adapter et fonctionner reposent sur une organisation biologique d’une précision extraordinaire. Chaque cellule de notre corps est programmée pour un rôle précis et se renouvelle afin de nous maintenir en vie sans que nous levions le petit doigt. À cela s’ajoutent toutes les dispositions cognitives et sensorielles qui façonnent notre perception, notre pensée et notre comportement. Allâhou akbar, que de bienfaits sublimes !

La nature première des hommes

Depuis l’aube de l’humanité, les hommes luttent pour survivre, s’appuyant sur des compétences essentielles, telles que se protéger, se nourrir, s’hydrater, repérer les ressources et les dangers, s’orienter, respecter les équilibres écologiques et prodiguer des soins de base, tout en s’adaptant aux conditions du milieu et aux imprévus. La transmission de ces expériences de survie de génération en génération leur permettait de mieux comprendre leur environnement tout en tissant des liens sociaux. Ce processus d’apprentissage collectif renforçait la cohésion du groupe, car il reposait sur l’entraide et la communication. Ainsi, en même temps qu’ils acquéraient des compétences vitales, les individus développaient des liens sociaux solides et indispensables à la survie et à la prospérité de l’humanité.

Le prix caché du progrès

En 2025, notre mode de vie a profondément changé : nous avons gagné en technologie et en confort, mais perdu en interactions sociales. Nous avons progressivement laissé s’effacer les savoirs liés au monde naturel, pour nous tourner vers des activités secondaires de divertissement, comme celles du numérique — réseaux sociaux, jeux vidéo ou streaming.
Inutile de citer des chiffres pour attester que les écrans fragilisent nos esprits et nos liens. Les signes sont déjà visibles dans nos vies, dans nos proches, dans les conversations qui s’éteignent et les silences qui s’allongent. Nous sommes déjà témoins des dégâts que provoque ce monde hyperconnecté. Ces distractions agissent comme un voile invisible qui capte notre attention, nous éloignant du moment présent, de nos devoirs et de nos interactions réelles, nous faisant dériver dans un courant incessant d’informations et de stimulations artificielles. Cette distraction délétère engendre l’isolement progressif des hommes, fragilise le tissu social et détériore peu à peu la qualité des relations humaines. La technologie n’est un véritable progrès que si les savoirs fondamentaux sont transmis et les liens sociaux préservés.

Reconnaître les dérives pour retrouver l’équilibre

L’homme est incontestablement un être bio-psycho-socio-culturel. Ce n’est qu’en interagissant avec son environnement et avec ses semblables qu’il pourra évoluer, grandir et se construire pleinement. Les neurosciences confirment que notre cerveau doit être stimulé tout au long de la vie. La neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouveaux chemins, s’épanouit grâce aux activités physiques, intellectuelles et sociales. Marcher, lire, apprendre, peindre ou jouer stimulent l’esprit, tandis qu’échanger, débattre et collaborer élargissent notre regard et affinent notre intelligence. À l’inverse, l’absence de ces stimulations entraîne un déclin cognitif et l’affaiblissement progressif du tissu social. Ce constat nous pousse à nous arrêter et à réfléchir au devenir de l’humanité. Ce monde nouveau, fascinant et complexe, nous confronte à nos choix, à nos responsabilités et à notre relation à la vie.

Renouer avec notre nature première

Renouons avec notre équilibre vital, en cultivant le mouvement, la curiosité, la créativité et les liens humains. Prenons le temps de vivre ensemble, de nous observer et de nous comprendre ; discutons, nourrissons notre esprit, marchons, courons et vivons pleinement. Osons des expériences nouvelles pour maintenir notre esprit dans le monde des vivants, car notre véritable devoir est de préserver ce miracle qu’est l’humanité. Continuons d’affronter nos défis, de partager nos joies, nos peurs et nos tristesses. Souvenons-nous enfin que la technologie doit rester un outil au service de l’homme, et non un instrument qui le dénature.

E.F.