Esprit olympique, es-tu là ?

Le 26 juillet 2024 a eu lieu l’ouverture des Jeux olympiques d’été à Paris, en France, annonçant ainsi la 33ᵉ édition de ce rendez-vous sportif international.Loin de faire de cet événement un moment de communion, certains le qualifient de « parodie » voire de « cauchemardesque ». En effet, les olympiades sont sources de nombreuses polémiques et de complications en interne. Les impacts logistiques, environnementaux (pollution, infrastructures, aménagements du territoire), politiques (boycott, dictature, conflits) et monétaires (coût de la vie) entraînent des conséquences négatives pour le pays organisateur. Mais d’autres, plus positives, permettent de générer des retombées économiques, des possibilités de carrière, de développer l’industrie du tourisme.

Cependant, au-delà de ce constat, peut-on dire qu’aujourd’hui les valeurs de l’olympisme sont à la hauteur de ce que Pierre de Coubertin prônait ? À savoir : unir le monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré, dépassant largement le cadre des Jeux.

L’Olympisme, c’est quoi ?

L’olympisme moderne a été conçu par le Baron Pierre de Coubertin en juin 1894 lors du Congrès International Athlétique de Paris, puis lors de la constitution du Comité International Olympique (CIO). Il se définit ainsi :

« C’est une philosophie de la vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. »

En articulant le sport, la culture et l’éducation, cette vision de vie cherche à contribuer au développement et à l’épanouissement de l’Homme et, plus largement, à l’établissement d’un monde en paix préservant la dignité de chacun.

Pour cela, un certain nombre de valeurs sont développées tant à l’échelle individuelle que mondiale : l’accès à la connaissance et à l’éducation, l’esprit de compétition, l’excellence, le fair-play, l’accès au sport, l’esprit d’amitié et de fraternité, la solidarité, la paix, et la construction d’un monde meilleur. Il ne suffit pas de lister des valeurs, il faut également les comprendre, les partager et les mettre en œuvre : pratiquer un sport constitue donc un moyen de saisir ces préceptes et de les adopter.

Évidemment, un idéal olympique est rarement atteint. Néanmoins, c’est en fixant une représentation d’un monde parfait que l’action peut s’enclencher. Ainsi, de nombreux symboles au service des valeurs olympiques (anneaux, drapeau, devise, credo, serment, hymne, flamme, lauriers de la victoire, colombes,…) transmettent le message de façon simple et directe. Ils donnent aux JO une identité !

Quant à bâtir une culture de la paix à travers le sport, les JO étaient l’occasion de réunir les États en conflits afin de construire des passerelles et non des murs. Or le fossé entre rêve olympique et réalité a toujours été immense. L’Histoire nous l’a démontré à plusieurs reprises. Parfois, certains dirigeants politiques ont ignoré les Jeux et d’autres en ont fait une arme. Les JO incarnaient un symbole de puissance nationale et non de paix. Ainsi, la trêve olympique, héritée des Jeux grecs de l’Antiquité, a toujours été un mythe : il n’a jamais été démontré qu’un événement olympique ait déjà stoppé une guerre.

Le culte de la performance

En 1924, la devise olympique est introduite et se compose de 3 mots latins signifiant : « Plus vite-Plus haut-Plus fort ». Elle traduit une conduite de vie promettant de donner le meilleur de soi, de trouver sa propre excellence, de repousser ses limites. La victoire et la gloire en fin de parcours ! Alors comment comprendre ce paradoxe sportif, entre cette devise historique et le credo – « l’important n’est pas de gagner, mais de participer. » ?

Gagner quelques secondes ou gagner quelques centimètres, tels sont les objectifs des athlètes et délégations venues du monde entier. Le culte du corps–et donc le culte de la performance– repose sur une armada de moyens tant humains que logistiques. En effet, la recherche de nouveaux records pose la question des limites physiques et mentales. Certains sportifs s’entourent de physiologistes, nutritionnistes, médecins du sport, kinésithérapeutes, entraîneurs sportifs, experts en équipements vestimentaires, biomécaniciens, coachs et analystes de performance, etc. Le corps du sportif est devenu une voiture de Formule 1 !

Ainsi, il est soumis à des ajustements d’ingénierie afin d’atteindre une vitesse et une puissance maximales. Le moindre avantage compte et les médailles se gagnent autant dans le laboratoire que sur le terrain. Dilemme : jusqu’où doit aller le progrès ? Quand il n’y aura plus de records à battre, les sportifs seront-ils confrontés à une crise existentielle ?

Même si certains pays n’ont pas la capacité financière et logistique d’offrir les moyens technologiques de certains concurrents à leurs poulains, l’aspiration à la victoire et à la performance ne doit pas remettre en cause la coalition entre les participants. D’ailleurs la devise des Jeux a été modifiée en 2021 afin d’atténuer l’individualisme pour devenir : « plus vite, plus haut, plus fort- ensemble ».

À partir de documents d’archives et d’extraits de presse, les JO ont marqué l’Histoire par des images emblématiques d’instrumentalisation mais aussi d’amitié et de grandeur. Même si le sport (outil politique et financier) cristallise les tensions géopolitiques dans un monde de plus en plus fragmenté ; les enseignements de l’olympisme, qui s’articule autour de l’excellence, de l’amitié et du respect, restent fondamentaux. En réalité, ce sont les athlètes qui nous les transmettent. Ils s’appliquent à maintenir et à faire perdurer l’essence de la culture des JO.

La flamme de l’esprit olympique n’est pas éteinte, elle est seulement moins vive que ne l’aurait imaginé Pierre de Coubertin…

Najoua


[1] L’olympisme : néologisme créé par Pierre de Coubertin qui signifie « ensemble de ce qui concerne les Jeux Olympiques, leur organisation, leurs règlements, etc. »

[2] Né en 1863, mort en 1937, de son vrai nom Pierre Frédy, Baron de Coubertin, historien et pédagogue français. Il œuvra pour l’éducation physique dans les établissements scolaires, réinventa les Jeux olympiques modernes en s’inspirant des JO de la Grèce antique et créa le Comité International Olympique (CIO). 

[3] Pour en savoir plus sur l’Histoire des Jeux, un documentaire d’Olivier Lemaitre redonne vie aux merveilles disparues d’Olympie et offrent aux spectateurs une immersion dans le berceau des JO : www.imineo.com/videodocumentaires  « Olympie : immersion dans le berceau des Jeux Olympiques »

[4] Article 2 de la Charte olympique, regroupement des principes fondamentaux et des règles liées au Mouvement olympique. Libre d’accès sur le net.

[5] Documentaires en libre d’accès sur le net : www.sciencesetavenir.fr « nazisme, colonialisme, guerre froide : comment les JO racontent l’histoire du monde ».

[6]  Inspiré d’un sermon de l’archevêque de Pennsylvanie Ethelbert Talbot, lors des JO de Londres en 1908. Le contenu du sermon était : « l’important dans ces olympiades n’est pas tant d’y gagner que d’y prendre part. »

[7] spécialistes des propriétés mécaniques de l’organisme.

[8] mathématiciens et statisticiens chargés de décrypter les prouesses d’athlète.