À l’ombre d’un olivier

Écrire pour manifester. Écrire pour lutter pour la vérité et la justice. Écrire pour ne pas oublier. Écrire pour rendre hommage aux poètes[1] et aux amoureux du mot. Écrire c’est témoigner qui je suis. C’est affirmer mes valeurs, mon humanité et le modèle que je souhaite laisser à la future génération. Certes, cela peut sembler dérisoire, mais c’est ma réalité.

Terre brûlée, terre de larmes, terre opprimée, terre courage. Ce sont les mots qui me viennent à l’esprit en constatant cette actualité féroce et douloureuse sur la terre de Palestine. L’espoir d’une aube claire et nouvelle se dessinera, à l’image d’un olivier symbolisant la résistance et la promesse d’une vie meilleure. 

« Au soleil, protégées des vents forts, dans un sol bien drainé; 

Lentement, tes racines explorent les entrailles d’argile,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Au froid, résistant aux rafales, sur une Terre Promise;

Murmurant, à travers ton feuillage, sur un air doux et vaporeux,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la pluie, infiltrant tes branches, rassasiées de cette pureté vitale;

Verdoyante, à travers la clarté du jour, un hymne à la beauté ancestrale s’ébauche,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la douceur du climat, enveloppant tes fruits qui tiennent leurs promesses;

Ombrageant, ton tronc lourd qui se couronne de gloire,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la survie, ton courage inépuisable fortifie ta silhouette captivante;

Généreusement, ce cadeau de Dieu magnifie ta beauté noble,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la paix, brandissant avec ardeur le sort hors du commun de l’Humanité;

Inlassablementta longévité repousse les assauts des calomniateurs,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À l’éternité, en te tournant vers la lumière la quiétude te gagne;

Sagement, ta forme sinueuse souligne ta puissance,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

À la résistance, transformant de ta seule présence cette Terre bénie qui t’abrite;

Fidèlement à la vie, tu grandis avec confiance même si ta stature s’affaisse, 

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

A la terre, soutenant avec force les coups perpétuels des faiseurs de haine;

Dignement, la bannière des héros et des champions flotte sur tes branches résilientes,

Tu t’élèves afin d’atteindre les cieux.

Ô mon ami l’Olivier ! Le sang des Justes t’a purifié à la lueur des derniers rayons du soleil. À l’ombre des mots, tu ne pourrais atteindre ta destination même si tu vivais plus de mille ans. 

Ô mon ami l’Olivier ! Tes racines ne t’auront pas délivré pour t’élancer vers le ciel. 

Non, mon ami l’Olivier ! Tu ne peux car tu es aimé par cette Terre. Tu lui apprends à devenir forte face aux injustes. Tu lui enseignes l’art de s’agripper à la vérité quelles qu’en soit les fissures.  

Ô mon ami l’Olivier ! Ton cœur lui appartient car il est le dépositaire de ta mémoire… »

Najoua

[1] Pour en savoir plus : quelques poétes palestiniens comme Mahmoud Darwich, Farah Chama, Hiba Abu Nada, et d’autres encore…

Les Visiteurs en 2023

Décembre, an de grâce 2023, deux visiteurs étrangers déambulent dans les rues de Bruxelles.

Jacquouille : Je suis éreinté, mon Seigneur. Cette promenade m’a épuisé.

Monseigneur Godefroid : Et bien, Jacquouille, tu n’as donc point de vaillance ! Tu mérites bien ton nom de fripouille ! 

Jacquouille : Monseigneur, ayez pitié du gueux que je suis. Je n’en peux plus, j’ai faim. 
Monseigneur Godefroid : Quelle bonne idée, mon Jacquouille ! Allons nous sustenter ! Rapporte-moi des jambons ! Où sont les porcs et les sangliers ? Je suis en appétit ! 

Jacquouille : Là-bas ! Regardez, Messire ! L’échoppe du chasseur !

                  Boucherie Halal Molenbeek

Me…, Mes…, Messi…Messiiiire ! Nous sommes en terre sarrasine !

Monseigneur Godefroid :  Qu’à cela ne tienne, mon Jacquouille ! Un bon méchoui fera l’affaire !

De retour à l’appartement de leur amie Ginette non loin de la Porte de Hal.

Jacquouille :  Dame Ginette, nous revoilà ! Regarde ce que nous avons rapporté. Il trônait fièrement dans l’échoppe du chasseur. Nous allons nous régaler.

Ginette : Ben alors hein ? Vous en avez mis du temps. Viens t’asseoir sur le fauteuil à mes côtés mon Jacquouille.

Jacqouille : Merci Dame Ginette mais je préfère m’assire sur la paillasse. 

Ginette : Ben ouais, j’comprends, au moins t’es pas dépaysé.

Monseigneur Godefroid : Que faites-vous donc, Dame Ginette ?

Ginette : Je regarde les infos… Viens t’asseoir.

Monseigneur Godefroid : Bien volontiers, Dame Ginette. De quoi parlent-ils ?

Ginette : Et ben Godefroid, tu veux qu’je te résume la situation ? Alors voilà, … Les Arabes habitent en Palestine depuis… euh… attends que je cherche sur Google… bref depuis super longtemps. Et ben euh… y en a qui disent que les Palestiniens ne sont pas chez eux. Et ces mêmes-là disent que Dieu leur a donné cette Terre, à eux ! J’sais pas toi, mais moi j’y comprends rien. 

Monseigneur Godefroid : Que racontes-tu là, Dame Ginette ?! Saladin, le chevalier de l’Islam, nous a repris Jérusalem en 1187. Il s’agit bien de la terre des Sarrasins. Et dans sa grandeur, il nous a rendu le Saint-Sépulcre et a préservé les lieux saints de chaque culte. 

Ginette : Ah ouais ?! Et ben ça, ils le disent pas sur BFM.

Monseigneur Godefroid : Qu’est-ce là ?

Ginette : C’est l’hôpital qui vient d’être bombardé à Gaza. Et là… c’est les enfants qui hurlent et des corps déchiquetés. Comme d’hab’ quoi…

Monseigneur Godefroid : Comment ça ?! Mais Dame Ginette, tu dois porter ta voix auprès de ton Suzerain. Il a le pouvoir d’arrêter cette bataille et ce massacre.

Ginette : T’inquiète, non seulement, il est au courant mais même tous les suzerains du monde le savent…

Monseigneur Godefroid : Tu veux dire que tu n’es pas la seule à voir cette ignominie, Dame Ginette ? Seigneurs et suzerains sont donc au courant et n’agissent point?

Ginette : Ah, ben ça, non !

Tu veux que je t’en rajoute une bonne ? Vendredi, l’ONU et toute la cavalerie a voté pour un cessez-le-feu immédiat en Palestine. Et devine quoi ? Les Etats-Unis ont voté contre. 

Monseigneur Godefroid : Mais… que dis-tu là, Dame Ginette ? Cela n’est point possible !

Ginette : Ah si si, j’te raconte pas de bobards. T’sais moi la politique, j’y comprends rien en général mais là je peux te dire que j’y comprends encore plus rien. Enfin… t’as compris c’que j’veux dire, quoi.

Ginette zappa de chaîne et tomba sur son émission préférée. 

Ginette : Viens mon Jacquouille. On va voir qui a remporté le défi cette semaine dans les Reines du Shopping. J’espère que c’est pas Juliette, elle sait vraiment pas se saper ! Par contre j’adoooore Christina. Elle est manifaïk !

Monseigneur Godefroid contempla Dame Ginette et se leva, las et interloqué par la scène. Comment peut-on passer d’images d’enfants massacrés à des émissions futiles sans s’indigner outre mesure ? Sont-ce les valeurs du nouveau millénaire, s’interrogea-t-il ?

Monseigneur Godefroid : Jacquouille, où es-tu ?

Jacqouille : Oui, Messire, j’arrive… Ce méchoui est divin ! Le chasseur m’a dit qu’il l’avait farci d’épices spéciales ; un nom comme «  la tête du magasin » en sarrasin, m’a-t-il dit…

Monseigneur Godefroid : Trèves de balivernes, Jacquouille ! Va-t’en revoir le druide à la Porte de Hal et dis-lui de préparer la potion pour ce soir. Je ne peux rester un jour de plus dans ce millénaire infâme.

Jacqouille : Oui , Monseigneur. J’y vais de ce pas.

Entre-temps, Ginette s’en est allée au snack du coin pour acheter un durum et des frites lorsque Jacquouille revint avec la potion.

Jacqouille : Me revoilà, Messire. La potion se trouve dans cette fiole. Il faut prélever trois gouttes à l’aide de cette pipette et les mélanger à ce breuvage noirâtre dans un verre. Deux gorgées sont nécessaires. Il nous reste quatre minutes.

Dame Ginette, Dame Ginette ?! Mais où est-elle bien passée ?

Monseigneur Godefroid : Nous ne pouvons point l’attendre. Le temps presse, Jacquouille. Je vais lui écrire un parchemin. Vas-y, bois donc.

Jacqouille : Après vous, Monseigneur.

Monseigneur Godefroid : Me prends-tu pour un gueux ?! Ne crois-tu pas que j’ai vu clair dans ton jeu ? Tu veux rester ici comme tu l’as fait jadis en France… Fripouille !

Jacquouille : Non… non Monseigneur, cela ne m’a même point traversé l’esprit…

Jacquouille s’empressa de boire la première gorgée. Des bruits étranges jaillirent de son estomac. Aussitôt la deuxième gorgée avalée, il disparut dans les airs.

Entre-temps, Monseigneur Godefroid acheva d’écrire à Dame Ginette et posa le parchemin sur la table. Il but à son tour les deux gorgées et s’évapora.

Quelques secondes plus tard, Ginette revint du snack.

Ginette : Ben alors, ils se sont envolés ou quoi ?

Jacquouille, les frites vont refroidir. Bon, je commence sans toi.  Vieeens, y a Les Marseillais à Dubaï qui va commencer. J’adore cette télé-réalité ! 

Elle versa son soda dans le verre sur la table. Elle avala une première gorgée, puis une seconde… et elle s’envola dans les airs à son tour. 

Elle n’avait pas vu le parchemin laissé par Monseigneur Godefroid.

Il ne croyait pas si bien dire…

A suivre…

L.M.

Comment continuer?

Quel sujet vais-je aborder, sur quoi portera mon article cette fois ? Un compte-rendu de lecture, un portrait, un sujet de société ? 

Tout me paraît futile et décalé. Je me questionne, qu’est ce qui vaut d’être mentionné, puisque des enfants souffrent et meurent injustement ? 

La première neige de l’hiver est tombée aujourd’hui. J’ai regardé les flocons blanchir les toits et habiller les branches, impassibles témoins des saisons qui défilent et je me suis sentie vide. 

La beauté du spectacle, le silence monotone de la poudre blanche qui tournoie, la tranquillité de la rue où seuls crissent les pieds des passants, la chaleur de la maison, chaque bienfait dont je jouis me semble illégitime, tant que des enfants tremblent de froid et d’effroi. 

La désillusion est profonde, saisissante. Encore sonnée, je peine à réaliser. Nulle armée ne s’est levée pour les sauver, nulle résolution n’a su les protéger. Des voix conscientes et courageuses se sont élevées et résonnent.  Mais qui voudra bien les écouter ? Pendant ce temps, comme aux jours noirs de Pharaon, des enfants sont assassinés.  

L’humanité a-t-elle définitivement perdu son âme, le mal triomphera-t-il continuellement ? Je ne veux pas l’envisager car alors comment continuer ?  

La honte et la tristesse que je ressens, à l’instar de millions de personnes, me font espérer que subsiste encore dans le cœur de beaucoup d’hommes, le dégoût de l’injustice et l’aspiration aux droits élémentaires de chacun.  

En attendant j’ai le vertige et le goût à rien, et c’est bien peu de chose car pendant ce temps, des enfants sont tués… 

Hayat Belhaj  

Gaza: et après? 

Depuis le 7 octobre dernier, avec l’attaque du Hamas en Israël et la riposte israélienne sur la bande de Gaza, le conflit israélo-palestinien est sur toutes les lèvres. L’émotion est vive surtout au sein des communautés musulmanes qui soutiennent la cause palestinienne depuis des décennies. À Bruxelles, dimanche dernier 40 000 personnes se sont rassemblées pour appeler à un cessez-le-feu et marquer leur soutien aux Palestiniens. Mais au-delà de l’émotion, la question de l’après-guerre se pose. 

Al Jazeera en fond sonore et qui tourne en boucle, les réseaux sociaux et les comptes de nombreuses personnalités palestiniennes telles que Motaz Azaiza (journaliste palestinien), Eye on Palestine (bloqué par Instagram) ou encore Sadaqa pour Gaza, constituent désormais les nouveaux médias de ceux qui ne veulent plus suivre le compte rendu des médias occidentaux qui n’ont d’ailleurs pas l’autorisation d’entrer à Gaza. Et les images qui tournent sur ces réseaux sont insoutenables, les corps d’enfants, de femmes et d’hommes sont filmés de manière brute et ne peuvent laisser indifférent. L’émotion face à l’injustice nous gagne tous et face à notre impuissance, des mouvements de mobilisation sont nés. 

Boycott et désinvestissement

C’est devenu un rituel, l’appel au boycott fait son retour à chaque guerre contre la Palestine. Les produits israéliens et américains sont visés, notamment Coca Cola, Starbucks, ou encore Mac Donald’s. D’autres appels à n’effectuer aucun achat afin d’impacter l’économie ont aussi été relayés. Mais si l’inaction n’a rien de bon et le sentiment d’impuissance est totalement compréhensible, ces actions semblent pourtant éphémères. Lorsque la guerre prendra fin, les appels au boycott ne seront pas entendus et ces produits referont leur apparition sur nos tables… Pourtant, il est de notre devoir de ne pas oublier les Palestiniens et leur combat face à l’injustice dont ils sont victimes. 

Devoir de mémoire

Nous ne pouvons qu’être admiratif face à la résilience des Palestiniens devant tant d’atrocités. Leur patrie coule dans leurs veines, une force qui les pousse à se dresser fièrement contre cette injustice. Ils ne cessent de faire entendre leur voix couverte par les bombardements pour nous rappeler leur lutte. Notre devoir aujourd’hui est de la transmettre : à nos enfants, dans les écoles, créer des associations, œuvrer pour qu’après la guerre, car il y aura bien un « après », leur combat ne sera pas enseveli sous les décombres… 

H.B.