Quel sujet vais-je aborder, sur quoi portera mon article cette fois ? Un compte-rendu de lecture, un portrait, un sujet de société ?
Tout me paraît futile et décalé. Je me questionne, qu’est ce qui vaut d’être mentionné, puisque des enfants souffrent et meurent injustement ?
La première neige de l’hiver est tombée aujourd’hui. J’ai regardé les flocons blanchir les toits et habiller les branches, impassibles témoins des saisons qui défilent et je me suis sentie vide.
La beauté du spectacle, le silence monotone de la poudre blanche qui tournoie, la tranquillité de la rue où seuls crissent les pieds des passants, la chaleur de la maison, chaque bienfait dont je jouis me semble illégitime, tant que des enfants tremblent de froid et d’effroi.
La désillusion est profonde, saisissante. Encore sonnée, je peine à réaliser. Nulle armée ne s’est levée pour les sauver, nulle résolution n’a su les protéger. Des voix conscientes et courageuses se sont élevées et résonnent. Mais qui voudra bien les écouter ? Pendant ce temps, comme aux jours noirs de Pharaon, des enfants sont assassinés.
L’humanité a-t-elle définitivement perdu son âme, le mal triomphera-t-il continuellement ? Je ne veux pas l’envisager car alors comment continuer ?
La honte et la tristesse que je ressens, à l’instar de millions de personnes, me font espérer que subsiste encore dans le cœur de beaucoup d’hommes, le dégoût de l’injustice et l’aspiration aux droits élémentaires de chacun.
En attendant j’ai le vertige et le goût à rien, et c’est bien peu de chose car pendant ce temps, des enfants sont tués…
Hayat Belhaj