Lundi matin, les marchés boursiers ont plongé, provoquant la panique parmi les sociétés de la tech américaines et entraînant dans leur chute le marché des cryptomonnaies. Le CAC 40 a baissé de 5,1 % en trois jours, le S&P 500 de 6,1 %. Le Bitcoin a enregistré une chute de 17 % de sa valeur en 24 heures et 30 % en une semaine. L’Ethereum a perdu 25 % en 24 heures, Apple a chuté de 17 %… Qu’est-ce qui justifie cette baisse ?
- Les chiffres décevants de l’économie américaine : le taux de chômage est passé à 4,3 %, ce qui laisse entrevoir un climat de récession pour certains investisseurs, tandis que d’autres paniquent. La première raison est donc une crainte de récession économique aux États-Unis.
- À cause de l’inflation montante, la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur. Deux conséquences immédiates ont été constatées :
- Le Nikkei 225 (indice regroupant les cours des 225 meilleures sociétés japonaises) a immédiatement plongé avec une baisse de 25 % de sa valeur en deux semaines.
- Le Carry Trade a été impacté par cette hausse.
Qu’est-ce que le Carry Trade ? C’est le fait d’emprunter dans des devises à faible taux (comme le yen) et de prêter cet argent en achetant des obligations (américaines par exemple) à taux plus élevé pour profiter de la différence de taux. Cependant, lorsque la Banque du Japon a décidé d’augmenter son taux directeur, la monnaie japonaise s’est appréciée par rapport au dollar, ce qui n’est pas favorable à l’économie japonaise, connue pour être très exportatrice (l’article suivant, « Chute de l’Euro, vers un effondrement de la zone Euro ? », permet de mieux comprendre le lien entre un pays exportateur et son économie).
Les investisseurs qui avaient profité de ce Carry Trade avaient également investi dans des actions américaines.
- Avec l’augmentation de ce taux directeur, ils ont décidé de rembourser leur emprunt japonais et, pour ce faire, ils ont dû vendre leurs actions américaines, ce qui a provoqué :
- un effet de masse induisant une baisse du cours des actions américaines ;
- un effet de panique : certaines sociétés telles qu’Intel ont enregistré de faibles performances, si bien que des licenciements ont été annoncés, ce qui a engendré un effet de panique renforçant cette baisse du cours des actions américaines.
Néanmoins, cette explication ne satisfait que partiellement, et nous y reviendrons un peu plus loin dans l’article.
À présent, et afin de mieux saisir ce concept de Carry Trade, prenons un autre exemple « plus parlant ».
À l’heure d’une journée d’été où ces quelques lignes sont écrites, beaucoup sont en vacances. Supposons que 1 € vaut 12 dirhams marocains. Ainsi, l’euro s’apprécie particulièrement, car ceux qui ont l’habitude de convertir l’euro en dirhams savent que la conversion de 1 € tourne en moyenne autour de 10,60 dirhams. Certains investisseurs seraient tentés d’acheter beaucoup de dirhams (ou d’emprunter dans les banques marocaines) pour les placer dans des obligations européennes (donc prêter de l’argent) où le taux est élevé, afin de maximiser les profits.
Maintenant que nous avons compris ce concept, on comprend mieux ce qui s’est passé sur le marché des devises du yen (Forex) et du dollar. Un faible taux du yen favorise l’emprunt de celui-ci pour prêter (achat des obligations) en dollar.
(Pour apporter plus de précisions à notre exemple de dirhams convertis en euros, il est nécessaire de nuancer nos explications : en réalité, le dirham marocain est partiellement indexé sur la devise américaine (40 %) et européenne (60 %). Cela signifie que la monnaie marocaine subit proportionnellement les mêmes variations que celles du dollar et de l’euro. Les mouvements du marché Forex (dollar et euro) auront donc un impact sur le dirham, ce qui explique les variations des taux de change de l’euro par rapport au dirham marocain.)
- Le climat tendu entre l’Iran et Israël depuis l’assassinat de Haniye Ismail, le chef du Hamas, laisse les marchés sur le qui-vive. Les marchés réagissent très mal aux climats de doute et d’incertitude.
Ces quatre points ont rapidement et non durablement donné raison aux analystes les plus pessimistes, qui annoncent une récession depuis le Covid.
C’est pourquoi l’hypothèse d’une corrélation entre la hausse des taux directeurs du yen et la baisse des cours boursiers américains n’est que très peu satisfaisante. L’augmentation du yen a contribué à cette baisse des marchés, en plus des autres raisons évoquées ci-dessus.
Alors que certains investisseurs déjà présents sur les marchés ne se réjouissent pas des chutes brutales des cours boursiers, d’autres y voient un excellent moment pour investir.
L’analyse technique démontre que lorsque les marchés sont en pente descendante, il est inutile de se précipiter. Il faut être patient et saisir les points les plus bas pour profiter de belles hausses.
C’est lorsque les marchés réagissent à la moindre mauvaise nouvelle que les investisseurs les plus aguerris comprennent que le meilleur moment pour investir n’est pas très loin. Pour l’instant, le Nikkei ne réagit pas de manière « excessive et exacerbée » aux différentes mauvaises nouvelles énumérées plus haut. En effet, le marché semble réagir « normalement » au contexte.
Si la récession est bien là, les marchés continueront de baisser et offriront de bonnes opportunités d’achat. Si Warren Buffet a vendu la moitié de ses actions Apple, c’est précisément parce qu’il croit que des opportunités sont sur le point d’arriver.
Nelm