Sabrina…

3 décembre 2025

« Sabrina, paix à ton âme. Qu’Allah te fasse miséricorde et t’accueille dans Son vaste Paradis. »

Moins d’un mois après la disparition de Sara, me voilà confrontée une nouvelle fois à un décès. Sans m’attarder sur les détails , et même si la mort ignore l’âge de ceux auxquels elle rend visite, mon amie Sabrina n’avait que quarante-quatre ans.

Elle et moi nous sommes rencontrées il y a une dizaine d’années. C’était en 2015, la dernière nuit du mois de ramadan. La prière de l’Icha venait de s’achever. Assises sur un banc, au détour d’un couloir, nous attendions l’imam.

أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلٰهَ إِلَّا اللّٰهُ، وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللّٰهِ

« J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah seul et sans associé, et j’atteste que Mouhammad est Son serviteur et Son Messager. »

Cette attestation, Sabrina l’a prononcée avec la conviction profonde que l’islam est La Religion, la seule agréée par Dieu.

« Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. » [Coran 3 (La Famille d’Imran), extrait verset 19]

« Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants. » [Coran 3 (La Famille d’Imran), verset 85]

Elle a toujours été sceptique quant à l’absolution des péchés accordée par un religieux. Comment un simple homme, même d’église, pourrait-il décider qu’un pécheur soit pardonné à condition qu’il confesse ses fautes et qu’il les expie avec un Ave Maria ou quelques Notre Père . De qui lui viendrait un tel pouvoir ? Sûrement pas d’Allah ﷻ

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui! Gloire à Lui. Il est au-dessus de ce qu’ils [Lui] associent. » [Coran 9 (Le Repentir), verset 31]

Un autre fait a achevé de la convaincre : les nombreux miracles scientifiques exposés dans le Coran.

« Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela (le Coran), la vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute chose ? » [Coran 41 (Les Versets Détaillés), verset 53]

Pendant toutes ces années, j’ai été sa confidente, elle, la mienne. On s’est soutenu lors des moments difficiles, réjouie pour les heureux événements. Puis le temps a passé. De l’eau a coulé sous les ponts et la distance a fini par nous éloigner l’une de l’autre. Même si nous ne nous voyions plus, nous restions en contact régulier. Il m’est souvent arrivé de percevoir dans sa voix son mal-être, sa tristesse, parfois son désarroi.

Quand elle me confiait l’un ou l’autre souci, je lui proposais de passer la voir. A demi-mots, elle me faisait comprendre qu’elle préférait que nous ne nous rencontrions pas. « J’ai du mal à me reconnaître aujourd’hui… » me disait-elle pour s’excuser. Si j’ai longtemps insisté pour qu’on se voit, j’ai fini par ne plus lui proposer de rencontre de crainte d’être trop insistante et qu’elle finisse par ne plus répondre à mes messages.

Courant du mois de novembre, elle m’a appelée. Je n’ai pas répondu à son appel. Aujourd’hui encore, ce souvenir me meurtrit. Je sais pourtant que ce qui est arrivé devait arriver et que rien ni personne n’aurait pu intervenir pour changer la destinée de Sabrina. C’était écrit.

Malgré tout, je ne parviens pas pleinement à tourner la page. Je me sens horriblement coupable. Revoir les photos que nous avons prises ensemble, tomber sur l’un ou l’autre objet qu’elle m’a offert, entendre simplement parler de son pays d’origine ravive en moi une douleur inexplicable et difficile à apaiser.

Je ne veux pas oublier Sabrina ; je souhaite simplement ne plus souffrir à sa seule pensée.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai été relativement « épargnée » par la mort de proches. Lorsque c’est arrivé, notamment lors du décès de ma grand-mère maternelle, j’ai ressenti de la douleur, de la tristesse, c’est humain. Mais avec Sabrina, c’était différent, j’ai été profondément secouée. Lorsque j’ai eu confirmation de son décès par son fils, j’étais au bord de l’hystérie. Emportée par l’émotion, hurlant, sanglotant, je me suis rendue auprès de mon mari. Pâle comme un linge, il se demandait ce qui pouvait me mettre dans un tel état. « Sabrina est morte ! » … Du mieux qu’il a pu, il a tenté de me consoler mais j’étais inconsolable. Lui aussi appréciait mon amie. Elle prenait toujours de ses nouvelles et lui s’enquérait d’elle, insistant pour que j’aille la voir.

24 décembre 2025

Les jours passent et penser à Sabrina me chagrine toujours autant. Je l’imagine seule dans sa solitude n’osant pas me déranger alors qu’elle avait besoin de se confier. D’aucuns pourraient croire que je n’ai pas accepté le Décret d’Allah ﷻ , mais il n’en est rien. Je me dis que je n’aurais pas dû l’abandonner à son triste sort ; je n’ai pas assez insisté pour que nous nous voyions. La culpabilité continue de me ronger ; peut-être est-ce un processus normal ? Je me le demande …

En islam, le deuil dure trois jours, pas un de plus, sauf dans le cas de la veuve, pour qui il est de quatre mois et dix jours. Au-delà de trois jours, il est interdit de porter le deuil ; toutefois, ressentir de la douleur, de la tristesse demeure on ne peut plus humain.

Lorsque le prophète Mohammad ﷺ a perdu son fils Ibrahim, il a dit : « Certes, l’œil pleure, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur. » (Rapporté par Anas ibn Malik)

25 décembre 2025

Je me suis confiée à une amie sur la tristesse que j’éprouvais encore à l’évocation de Sabrina.

– « Tu sais, F., j’ai l’impression – peut-être à tort – que son départ est encore difficile pour toi. »

– « Je te promets que j’ai accepté qu’elle ne soit plus là. Je sais que c’était son Destin de partir à quarante-quatre ans. Mais je ressens de la culpabilité. Je me dis que j’aurais pu être plus présente pour elle. »

– « Tu sais F., c’est le banni qui insuffle le sentiment de culpabilité à l’homme. C’est l’un des moyens qu’il utilise pour nous faire tomber. »

« Si quelque chose t’atteint, ne dis pas : “Si j’avais fait ceci ou cela …”, mais dis : “C’est le décret d’Allah”, car “si” ouvre la porte au diable. », c’est ce que nous dit un célèbre hadith du prophète Mohammad (Rapporté par Mouslim)

« Ton amie a été présente dans ta vie pour un temps qu’Allah  a décidé. Tu lui as apporté ce qu’Allah ﷻ t’a permis de lui donner. Aujourd’hui, ce que tu peux faire, et qui lui sera utile, c’est d’invoquer pour elle. »

SoubhanAllah, ces paroles de sagesse ont apaisé mon cœur.

26 décembre 2025

Aujourd’hui, c’est le cœur délivré que je repense à Sabrina et à ce que nous avons partagé durant toutes ces années.La douleur s’est estompée et les souvenirs précieux ont remplacé le regret.

Perdre un proche est une terrible souffrance mais, en tant que croyant, savoir que le Décret de chacun se réalisera inexorablement permet de traverser l’épreuve avec davantage de sérénité.

Sabrina,

Sabrina, tu t’en es allée,

Dans mon cœur, un gouffre s’est creusé.

Me restent de toi, des souvenirs amassés,

Témoins de notre sororité.

Confidences pour confidences,

Partages et bienveillance.

Je me souviens de nos sorties au restaurant,

Autour de la table, savoureux et agréables moments.

Je me rappelle de nos débats animés,

Entre discours enflammés et paroles assumées.

Je me remémore les problèmes dénoués,

Les douleurs apaisées.

Nous ont fait voyager,

Les nombreuses lectures partagées.

Marques d’affection,

Nos petites attentions.

De publier mes poèmes, tu m’as encouragée,

De moi, jamais, tu n’as doutée.

Pour tout ce que tu m’as apporté,

Reconnaissante, je demeurerai.

Sabrina, jamais, je ne t’oublierai,

Dans mon cœur, ta place est assurée.

F.

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