Vivre chaque jour comme si c’était le …premier

La rentrée est là !
Quand on parle de rentrée, on pense bien sûr à l’école. Cette année encore, elle nous rappelle à quel point le temps file à grande vitesse. Et voilà que nous nous interrogeons sur notre rapport à la temporalité.

En effet, une prise de conscience s’est peu à peu infiltrée dans mes pensées lors de la rentrée scolaire de mon enfant. Comme tout parent, très souvent, nous les accompagnons dans leurs futures classes ou établissements éducatifs. La cour de l’école se remplit rapidement et des bribes de conversations s’invitent à l’atmosphère d’une nouvelle année académique.

Habituellement, ces ambiances m’ont toujours plu, et c’est avec joie et plaisir que j’emmène mes enfants pour leurs débuts. Cependant, contre toute attente, je me surprends à me décentrer de la scène du « premier jour d’école » et à ressentir une forme de tristesse en me disant que « ces choses-là » passent trop vite. Comment faire pour profiter, pour suspendre le temps ? Même s’il y aura encore d’autres événements, ce moment ne sera pas forcément identique. La vie passe, et c’est dans ce summum de joie que je plonge dans la tristesse de la nostalgie. Alors, je m’interroge.

Le temps irréversible

Ces dernières fois qui n’existeront plus font partie d’une longue liste de tout ce qui est une ultime fois dans nos vies. La peur du temps qui passe, la nostalgie du présent, nous l’avons tous ressentie, et certainement nous continuerons à la ressentir.

Accepter le temps qui passe, c’est accepter une forme de puissance et de violence, de souffrance parfois. Le temps nous fait traverser des émotions comme la tristesse, le chagrin, la peur, mais aussi la colère. Ces troubles ambivalents sont légitimes et sains. Car les refouler, les nier, les éviter n’est pas la manière « raisonnable » de les traverser. Lorsqu’elles s’emmagasinent, elles font mal au corps et à l’esprit : ce sont des « chaînes » que nous nous imposons de porter durant toute notre vie.

Alors, à la question : « Si je pouvais remonter le temps, où retournerais-je ? », que répondons-nous ?

Certes, il existe de nombreux types de nostalgie. Par exemple, celle de l’enfance ou d’une période heureuse de sa vie qu’on matérialise dans notre mémoire parce que le présent est un peu triste, décevant, inquiétant pour le futur. Donc, il y a des périodes de sa vie qu’on idéalise, qu’on a envie de revisiter. Parfois, il y a une nostalgie heureuse qui surgit complètement, de façon fortuite : des sensations, des odeurs, des voix, un quartier, une maison, un lieu qui fait remonter énormément de souvenirs, souvent joyeux, agréables.

Par contre, ici on parlera de la nostalgie du présent. Une nostalgie qui est liée à la conscience que chaque instant qui passe est premier et dernier, que le temps file et que ce qu’on est en train de vivre est déjà en train de finir avec le présent. Est-ce angoissant ? Oui, car on a l’impression de ne pas pouvoir capter, de garder et d’être toujours dépassé par le temps. Et puis, à peine il est là, on en profite peu car il est déjà terminé.

Vivre les jours comme si c’était les derniers

On entend souvent : « Sois investi dans ce moment », « Ne le laisse pas passer », « Profite tant que tu peux ». Oui, mais comment profiter ? Comment s’installer dans le présent ? Et « profiter », ça veut dire quoi exactement ?

C’est pour cela que cette injonction de « Profiter de chaque jour comme si c’était le dernier ! » rend cette perspective très inquiétante, angoissante. Car le fait de « profiter » nous rappelle à notre conscience que le temps passe vite, que le moment a lieu une fois, qu’on ne peut remonter le temps, que les choses les plus belles (même si on peut réitérer un nouvel événement, des vacances avec des amis, des fêtes de famille ou retourner dans un pays d’origine, …) ne seront jamais identiques.

Derrière cette injonction à la fois philosophique et sociale, l’idée principale est d’interpeller l’être humain sur sa fin, et ainsi il pourra beaucoup plus savourer, donner du relief à sa vie, de l’intensité, et tout cela va le rendre plus joyeux, plus gai.

C’est angoissant car cela nous rend complètement otages d’un budget temporel.
Effectivement, si j’ai trop conscience du temps qui va passer et qu’il faut en profiter, alors je suis déjà en train de fracturer mon bonheur. Et si je suis trop insouciante, peut-être que je vais passer à côté de cette conscience du temps et ne pas être investie dans la maximisation de mon ravissement. Et donc ne pas avoir assez profité.

Eh bien, on pourrait définir cette idée de « profiter » ainsi : savoir gérer son temps, dans un jeu d’équilibre entre conscience du temps et insouciance du temps.

Le principe serait d’apprendre à ressentir de la joie face au fait que chaque instant est unique, et à ne pas être dans un rapport comptable au temps, c’est-à-dire arrêter de penser sans arrêt que mon temps est à chaque instant limité, qu’il faut compter les fois qui passent, les optimiser à fond : habiter le présent, en quelque sorte. Cultiver une conscience intellectuelle et une énergie psychologique de vivre ce qui est, sans le prévoir ou le projeter.

La fausse croyance la plus répandue sur le temps qui passe est que le temps détruit tout, qu’il est une puissance d’érosion, d’usure. Par exemple, en amour, le temps qui passe est un ennemi car il ne peut qu’abîmer, altérer la relation de couple. L’idée reçue qu’on mène une lutte contre lui est très répandue de nos jours. Alors que, par définition, le temps est une puissance d’opportunité ; c’est-à-dire qu’à chaque moment, même infime, il y a toujours des petites différences, des petites choses qui accompagnent le moment, des choses encore à découvrir.

Mais pourquoi, aujourd’hui, a-t-on tant de mal à habiter le présent ?

Najoua

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