Je n’ai pas les mots

Quand mon amie m’a demandé d’écrire un article sur l’actualité du Proche-Orient, j’avoue que j’ai relu sa demande plusieurs fois. Comment écrire sur ce sujet, alors qu’il me retourne l’âme ? C’est un comble, pour une auteure, de ne pas trouver les mots. Mais comment nommer l’innommable ? Comment décrire ce que les yeux ne peuvent plus regarder sans trembler, ce que le cœur refuse d’admettre de peur qu’il ne se brise ?

J’ai des amis là-bas. Ils sont nombreux à Beit Sahour, Bethléem ou dans le camps d’Aïda. Des gens que j’ai rencontrés, que j’ai aimés, avec qui j’ai partagé le pain, les silences, les rires aussi. Aujourd’hui, je n’ose plus leur écrire. Par peur. Peur de ce qu’on pourrait me dire. Peur d’un prénom qui ne me répondrait pas. Peur que l’horreur ait frappé là où battait encore un peu d’espoir.

Le Proche-Orient, cette terre si riche, si profonde, si sacrée, semble ne plus avoir de répit. Et pourtant, dans cette obscurité, il nous est demandé à nous, femmes spirituelles, de tenir la flamme. De croire encore. D’aimer malgré tout. Le Coran nous dit :
« Certes, Allah commande la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. » (Sourate An-Nahl, 16:90) Ce verset résonne en moi comme une invitation. À rester droite, à tendre la main, à ne pas détourner le regard, même lorsque celui-ci se voile de larmes.

La spiritualité n’est pas un refuge confortable. Elle est parfois un cri silencieux. Elle est cette force invisible qui nous pousse à transformer l’angoisse en prière, la colère en compassion, la douleur en présence.

Et je pense aux femmes de là-bas. Celles qu’on ne filme pas, qu’on ne voit pas, qu’on n’écoute pas. Celles qui tiennent les foyers debout, qui chantent encore des berceuses sous les bombes, qui cousent la vie avec des fils d’espoir. Ce sont elles, mes sœurs, mes repères, mes héroïnes silencieuses. Alors oui, je n’ai pas les mots. Mais j’ai le cœur ouvert. Et peut-être que cela suffit, pour dire que je suis là. En prière. En amour. En lumière.

Latifa CHAY

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