Reprendre le contrôle

Si l’actualité nous déprime, si nous avons l’impression que notre Terre brûle, que les plus grandes fortunes de la planète captent toujours plus de richesses alors que la pauvreté monte en flèche, que les partis d’extrême droite prennent plus de place au sein des grands pouvoirs politiques en Europe[1] et dans le monde, que les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués, que la notion même de démocratie est en danger, alors nous sommes en présence d’une réalité menaçante.

Parce que voir et constater les injustices à l’œuvre, la montée des inégalités, la destruction de l’environnement et de la planète sans s’indigner, sans ressentir une envie profonde de changement, est préoccupant. Il ne nous reste alors qu’un choix inévitable mais nécessaire pour reprendre le contrôle : Résister !

La résistance intellectuelle

La résistance est un mot chargé d’histoire, lourd de sens. Sommes-nous entrés aujourd’hui dans une phase de résistance ?

Nous assistons à un basculement historique marqué par l’ascension potentielle de l’extrême droite au pouvoir.[2] Ce n’est pas anodin, car il ne s’agit pas d’un simple changement politique parmi d’autres, mais d’un mouvement dangereux qui abîme la démocratie à des degrés divers. Aujourd’hui, nous sommes attachés à la démocratie et aux droits humains. Nous refusons de voir les discriminations s’institutionnaliser. C’est pourquoi il est urgent de résister contre cet écosystème de haine afin qu’il ne perdure pas. L’Histoire nous rappelle vers quoi nous nous dirigeons si nous manquons de vigilance.

Parler de résistance n’est pas un appel au soulèvement violent ni à la prise des armes. Ici, il est question d’une résistance informationnelle, d’une résistance intellectuelle. En effet, ce mouvement extrême s’empare de la société à travers un vocabulaire soigneusement choisi, une propagande bien ficelée et des thématiques ciblées.

Nous avons un rôle à jouer : sans dépolitiser les enjeux, nous devons nous rappeler que nous avons la capacité d’agir de multiples façons. La résistance pacifique passe par les mots, les livres, la bataille de l’information : comprendre pour mieux saisir, comprendre pour mieux agir, comprendre pour mieux transmettre. Sans culture historique et politique, on ne peut que s’égarer. Résister à l’oppression, à l’exploitation des hommes et de notre planète passe par le décryptage de l’information, un exercice extrêmement difficile:

« Vous voulez lutter contre les injustices, pour la paix, pour la planète ? De quoi avez-vous besoin ? D’abord d’une information qui reflète la réalité. Or, sur ce chemin, les pièges sont nombreux : entre les copinages de l’industrie médiatique et certains fantasmes sur le Net, entre les agences chargées de vendre les guerres et la répression des lanceurs d’alerte, entre les influences politico-militaires sur le cinéma d’Hollywood et les intimidations croissantes à l’encontre des journalistes, il faut tenir sa garde : l’info est bien un sport de combat. »[3]

Prise de conscience

La montée de l’extrême droite et de ses dérives[4] nous place dans une posture d’indignation.[5]  L’indignation est la capacité à ne pas accepter comme un état de fait une situation que l’on considère injuste. Elle peut être le déclencheur de la résistance, car dans l’Histoire, c’est bien ce sentiment qui a provoqué de grands changements : face à une situation jugée insupportable, des personnes ont tout mis en œuvre pour que les choses évoluent.

Nous vivons à une époque où, sur les réseaux sociaux, tout le monde s’indigne pour un oui ou pour un non. Cela donne l’impression que l’indignation est devenue une facilité de l’esprit, ce qui la décrédibilise. Il est donc fondamental, avant de s’indigner, de vérifier ses sources, d’obtenir une information complète, libre et pertinente, et d’examiner les raisons de cette indignation. Car on ne s’indigne pas sur une croyance, mais sur un fait réel. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut passer à l’action, pacifiquement et intelligemment. Sans cela, l’indignation n’a que peu d’intérêt. Toutefois, il est sain de la ressentir.

L’Homme est appelé à parfaire cette humanité en lui, de génération en génération. Chaque culture, chaque communauté porte en elle quelque chose d’universel : se connecter au meilleur de ce qui existe et effectuer un « tri sélectif » afin de réformer ce qui doit l’être. Chacun de nous est responsable d’apporter à son époque une note d’espérance constructive : c’est la voie de la démocratie.

« Être homme, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

Autrement dit, il s’agit d’une manière de vivre ensemble et de se renforcer collectivement face aux défis de notre temps : la diversité dans l’unité.

Être fort intellectuellement, c’est donner à nos vies un horizon plus vertueux et sortir de cette torpeur du superficiel et de la démesure qui nous fossilise dans l’inaction. Être fort éthiquement, c’est rappeler que le vent du changement impose souvent de dire non face aux humiliations infligées par ceux qui croient avoir tout pouvoir sur nous. Être fort humainement, c’est construire ce pour quoi nous avons été créés et remettre le bien-être humain au centre de nos préoccupations :

« Les temps difficiles créent des hommes forts. Les hommes forts créent des périodes de paix. Les périodes de paix créent des hommes faibles. Les hommes faibles créent les temps difficiles. »

Ibn Khaldoun, savant musulman, économiste, homme d’état, sociologue du 14 ième  siècle.

Najoua

[1] Pour en savoir plus : documentaire de ARTE diffusé le 27 aout 2024. « White Power : au cœur de l’extrême droite européenne »

[2]www.fr.statista.com/themes/10062/la-montee-de-l-extreme-droite-en-europe/#topicOverview.

[3] L’information est un sport de combat de Adam BOUITI. Editions : Investig’Action. 2024

[4] Pour en savoir plus : Résister de Salomé Saqué. Editions : Payot. Paru en 2024

[5] Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Paru en 2010. Editions : Indigène. A travers cet essai, l’auteur nous rappelle les vertus de l’indignation.

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