C’est à mon tour d’écrire un article cette semaine mais rien ne me vient à l’esprit. Ou plutôt si, je veux absolument évoquer la Palestine, donner la voix aux sans-voix mais l’inspiration m’a désertée, je suis perdue dans mes pensées…
J’ai bien vu les images d’un camp de réfugiés vilement bombardé en pleine nuit, ses habitants brûlés vifs dans leur sommeil, des cadavres qui jonchent le sol… Du déjà vu et revu. Si la situation n’était pas aussi dramatique, j’aurais peut-être osé l’expression du réchauffé. Ça ne m’émeut presque plus. Je suis comme anesthésiée. J’ai honte.
Je décide alors de me vider l’esprit et de sortir faire quelques emplettes ; j’ai besoin d’une veste d’hiver.
Bonjour, il fait 15° cette après-midi.
Je n’avais jamais vu ce genre de dispositif dans un ascenseur : un écran qui ne doit pas mesurer plus de 20 cm sur 15 cm et sur lequel défilent, entre autres, les titres de l’actualité.
Du 2e étage au rez-de chaussée, j’ai le temps d’en lire quelques-uns :
Au moins 156 morts et des centaines de personnes portées disparues au sud-est de l’Espagne.
Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial.
Pour finir par un : « Bonne journée ! »
– Elle ne risque pas d’être bonne avec ces infos anxiogènes ! me dis-je intérieurement. Mais très vite, je me rends compte de mes pensées. Serais-je plus agacée que choquée… ? J’ai honte.
Le centre-ville de Reims est plaisant à visiter à pied. Les bâtisses en pierre blanche sont particulièrement élégantes et confèrent à cette ville un charme insoupçonné. Je suis d’ailleurs agréablement surprise par la blancheur de ses pierres. J’apprends qu’elles proviennent de la Montagne de Reims au cœur du Parc naturel régional auquel elle donne son nom.
Je passe devant un kiosque à journaux. Mon regard est attiré par l’affiche la moins colorée : Quel avenir pour les Palestiniens ? Suivi, un peu plus bas, par le slogan : « Chaque mois avec Le Monde diplomatique, on s’arrête, on réfléchit. » Alors, je réfléchis – pour avoir bonne conscience sans doute…
– Quel avenir pour les Palestiniens ? Euh… Est-ce vraiment la question à se poser ? Cette interrogation ne sous-entendrait-elle pas que leur avenir n’est, de facto, plus à Gaza ? Mon esprit extravagant me joue sans doute des tours. Cela ne peut définitivement pas vouloir dire ça. En réalité, je n’ai pas envie de réfléchir. J’occulte. Il faut que je me recentre sur ce qui me préoccupe : une veste d’hiver. J’ai honte.
J’entre dans les Galeries Lafayette. J’en prends plein les yeux. J’ai vu le luxe et l’éclat embaumer les étages, le raffinement et la richesse colorer les étalages, la surabondance et le superflu déambuler à travers les rayons. Le slogan me revient alors à l’esprit… « On s’arrête, on réfléchit. » Je n’ai pas envie de réfléchir, je veux me laisser porter par ce faste. J’ai oublié la honte.
Je descends la rue Vesle, l’équivalent de notre rue Neuve. Gaza : près de 100 morts dont des enfants après une frappe israélienne sur un immeuble familial. Que suis-je censée faire quand je lis ce genre d’informations dans un ascenseur avant d’aller faire du shopping, me demandais-je intimement ?
J’arrive à la place d’Erlon. Je lis les explications qui ornent la statue dans le seul but d’échapper au questionnement de ma conscience.
Jean-Baptiste Drouet d’Erlon, né le 29 juillet 1765 à Reims et mort le 25 janvier 1844 à Paris, est un militaire français, simple soldat de la Révolution devenu général en 1799, fait comte d’Empire par Napoléon, gouverneur général en Algérie entre 1834 et 1835 et élevé à la dignité de maréchal de France en 1843.
Soudainement, retentit la célèbre chanson de Mohammad Assaf Dammi Falastini qui a vu danser des politiciens français tels que Louis Boyard ou Sébastien Delogu. Je ne m’attendais pas à entendre cette chanson, devenue symbole d’un militantisme, ici à Reims. Un groupe de manifestants chantaient en chœur et scandaient Free, free, Palestine ou encore Nous sommes les enfants de Gaza. Ils étaient une douzaine tout au plus. Mais ils étaient là.
Je reste pensive. Et surtout, j’ai honte.
J’ai fini par trouver une veste…et même deux. Mais ce n’est pas de ma faute, les magasins sont tellement bien achalandés…
Une chose est sûre, je suis toujours aussi perdue dans mes pensées.
L.M.