Fatima al-Fihri: Son héritage éternel

Fatima al-Fihri, descendante d’Oqba ibn Nafi, est née à Kairouan, en Tunisie, dans une famille Quraysh honorable. Dès son jeune âge, elle se montrait curieuse et perspicace, posant des questions profondes aux marchands qui venaient de tout l’Orient pour échanger avec son père. Orpheline de mère très jeune, elle perdit aussi sa nourrice, assassinée sous ses yeux par la milice. La ville de Kairouan était alors en proie à une crise politique très violente, et son père ne se sentait plus en sécurité.

Face à cette situation, la famille de Fatima dut fuir. Ils abandonnèrent tout, sachant qu’ils risquaient d’être tués s’ils restaient. Commence alors un périlleux voyage à travers le désert, une interminable traversée où ils durent échanger leur cheval épuisé et bien-aimé contre un chameau. Une nuit où ils étaient épuisés, le chameau disparut, emportant le peu de provisions qu’ils avaient. Désespéré, le père implorait Allah de les aider, la mort les guettait, les petites n’en pouvaient plus, la cadette suppliait son père de la laisser mourir et qu’ils avancent. Une tribu nomade les accueillit et un sage, voyant un grand avenir en Fatima, conseilla à la famille de continuer leur chemin. Un avenir prometteur attendait cette jeune fille.

Ils arrivèrent finalement à Fès, à une période où le Maroc était sous le règne des Idrissides, une dynastie descendant du prophète Muhammad. Lentement, le père de Fatima retrouva une stabilité financière en tant que marchand. Fatima grandissait et rêvait davantage ; son souhait était que Fès soit un centre de savoir où les connaissances de l’Orient et de l’Occident se rencontreraient. Elle nourrissait également le rêve de correspondre avec Al-Kindi, l’un des plus grands philosophes arabes, et grâce à sa persévérance, elle parvint à échanger des lettres avec lui.

Fatima al-Fihri épousera Chams, un riche jeune homme qui soutenait ses ambitions intellectuelles. Ensemble, ils partagèrent une vie de bonheur jusqu’à la mort prématurée de Chams, laissant Fatima avec une fortune considérable et deux garçons. Elle les éleva dans l’amour de la connaissance, mais cette même passion les éloignera d’elle, car ses fils rêvaient à leur tour de se rendre à Bagdad, de s’immerger dans les sciences et de rencontrer les éminents savants de l’époque.

Bien que profondément attristée, elle décida de réaliser son rêve de créer une université. En 859, avec l’aide de sa sœur, elle investit dans un quartier entier de Fès et entreprit la construction de l’Université de Karaouine. Sa sœur finança la construction de la mosquée andalouse, et la ville de Fès devint un véritable carrefour culturel et intellectuel, échangeant entre musulmans, chrétiens et juifs.

Fatima, aussi surnommée Oum Al-Banine (ce qui veut dire “mère des enfants” en Arabe), consacra sa vie à la bienfaisance, libérant des esclaves et versant des bourses incessantes aux étudiants. La ville de Fès, grâce à son influence, devint un centre de savoir renommé. Cependant, la perte de son père et de sa sœur la plongea dans une profonde tristesse. Mais elle continua à se dévouer à sa mission, convaincue que Fès devait rivaliser avec la Maison de la Sagesse de Bagdad.

En vieillissant, elle décida de réaliser son pèlerinage à La Mecque. Une fois installée dans sa tente, elle crut reconnaître Chams, son défunt époux ; il avait la même démarche, la même corpulence, le même visage. Elle hallucinait. En sortant de sa tente, elle se rendit compte que c’était son fils, portant une ressemblance frappante à son père. Après des années de séparation, ils se retrouvèrent, mais Fatima sentait ses forces décliner.

Sur le chemin du retour, elle souhaita revoir Kairouan, mais les douloureux souvenirs l’en dissuadèrent. Elle demanda alors de retourner à Fès, où elle s’éteignit en hiver 880, après un dernier regard porté sur la montagne vue depuis la ville qu’elle avait tant aimée. Toutes les petites ruelles menaient à cette grande université qu’elle avait construite, et elle rayonnait désormais au cœur de Fès, cette terre aimante et accueillante.

Aujourd’hui, l’Université de Karaouine, fondée en 859, demeure un symbole de l’engagement de Fatima al-Fihri pour l’éducation et le savoir. Son histoire inspire des générations, rappelant que même en temps de crise, la détermination et la foi peuvent bâtir des institutions durables et respectées mondialement. Fatima al-Fihri était visionnaire et avait de grandes ambitions ; elle n’hésitait pas à rêver grand et par la grâce du Créateur, elle y est parvenue… Et vous, quel est votre projet de vie ?

Hana Elakrouchi

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