Lorsque le prophète (sas) rejoint son Créateur en l’an 11 de l’Hégire, toute l’Arabie est musulmane. Très vite, Abu Bakr, le successeur du Messager d’Allah (sas) se lance dans la conquête du Nord non sans avoir au préalable dompté la rébellion menée par les apostats. C’est le début de la conquête musulmane du Sham, une conquête poursuivie par Umar ibn Al Khattab jusqu’à atteindre Al Quds, Jérusalem.
Menée d’une main de maître par les héros de l’islam Khalid Ibn Walid et Abu Ubayda ibn Jarrah, la conquête du Sham sera d’une rapidité inédite. Les villes byzantines tombent l’une après l’autre, et son destin est finalement scellé lors de la légendaire bataille d’Al Yarmouk, à l’été 636. Les forces byzantines sont littéralement foudroyées, annihilées. Symbole de l’échec cuisant de cet empire déchu, l’empereur Héraclius, après avoir récupéré la relique de la « Vraie Croix » à Jérusalem, prend la mer à Antioche et quitte à jamais la région non sans lui avoir fait ses adieux auparavant : « Adieu, ô Syrie, jamais plus nous ne nous reverrons désormais ! » Byzance ne reviendra plus jamais en Terre sainte. La population hostile au pouvoir de Constantinople se réjouit de l’arrivée des Musulmans. C’est particulièrement le cas des Juifs et de certains Chrétiens considérés comme hérétiques par l’Eglise romaine : les monophysites et les Nestoriens.
Amr ibn al As aux commandes
Sur le terrain, c’est le compagnon et fin stratège militaire Amr ibn Al As qui dirige les troupes musulmanes aux portes de Jérusalem. Ælia (son nom à l’époque) est la dernière ville du Sham qui résiste aux assauts des armées musulmanes. Umar Ibn al Khattab qui a alors succédé à Abu Bakr concentre toute son énergie vers la « Cité des prophètes ». Amr Ibn Al As, le commandant des armées musulmanes, fait face à une opposition farouche menée par le patriarche de Jérusalem, un moine chrétien du nom de Sophrone et épaulé par le commandant Artabon, général à la réputation solide. Cet homme était le plus rusé et le plus brillant des Byzantins. Lorsqu’Umar fut informé de cela, il s’exclamera : « Nous avons envoyé contre l’Artabon des Byzantins, l’Artabon des Arabes. Voyons à présent comment les choses vont tourner ». Le calife le pensait réellement, car ces deux commandants étaient les plus intelligents des leurs.
Début du siège
C’est le début des hostilités qui dureront quatre longs mois rythmés par des combats quotidiens, certains s’étendent même de l’aube au crépuscule. Mais très vite, Amr Ibn Al As reçoit du renfort du Nord mené par l’épée de Dieu, Khalid Ibn al Walid et Abu Ubayda. Chaque jour, de nouveaux archers en provenance du Yémen et fraîchement convertis, viennent grossir les rangs de l’armée musulmane. Mais les assauts musulmans aussi puissants soient-ils, restent systématiquement repoussés. Du côté des assiégés, on espère que l’hiver parviendra à briser le moral des armées musulmanes très peu habituées aux températures hivernales. Mais contre toute attente, il n’en est rien. La pluie, la neige, le gel et les températures basses ne parviendront pas à entamer le moral de cette armée qui supporte avec patience et endurance les difficultés. Pénétrer enfin dans la « Cité des prophètes » et prier sur l’esplanade de Bayt Al Maqdis est leur objectif ultime, rien ne pourra les en détourner. Mais au bout de quatre mois, la situation est inchangée. Al Quds, est trop symbolique pour ne pas lui offrir une lutte acharnée. Pourtant, ce n’est pas par l’épée qu’Al Quds reviendra aux Musulmans mais bien par la main du calife Umar Ibn Al Khattab. Sophrone, patriarche de Jérusalem consent finalement à rencontrer Abu Ubayda et accepte de livrer la ville sainte mais uniquement au Commandeur des croyants, Umar ibn Al Khattab. Prévenu, Umar accepte de faire le déplacement depuis Médine, à dos de mule. Une monture qu’il partage avec son serviteur. Habillé sobrement, ses sandales autour du cou, c’est l’image de l’ascète sincère qui se présente devant le Patriarche de Jérusalem qui se serait exclamé à sa vue : « Par Dieu, c’est bien celui dont nous trouvons la description dans nos livres, et celui par les mains duquel notre terre sera conquise. » Umar signera un traité avec les habitants de la terre sainte, un pacte inédit autorisant les Chrétiens à demeurer à Jérusalem sous le régime de la liberté de culte. Les Juifs, autrefois chassés et persécutés sont également autorisés à y vivre en toute liberté. Plus encore, alors que Umar est assis et entouré de compagnons de la première heure, le temps de la prière de l’Asr arrive. Umar se tourne alors vers Bilal ibn Rabah et lui fait cette demande : « Les compagnons du Messager d’Allah aimeraient qu’en ce jour, tu appelles à la prière comme tu le faisais autrefois. » Bilal, qui avait refusé d’endosser ce rôle à la mort du Messager de Dieu, accepte et bientôt le son de sa voix retentit à travers les vallées et les collines d’Al Quds, devant des milliers de combattants poussés aux larmes par le souvenir de la présence du bien-aimé prophète au temps de Médine.
Aujourd’hui, Umar n’est plus et les images qui nous viennent de Gaza nous serrent le cœur mais le souvenir de cette époque bénie nous redonne espoir car comme le dit un célèbre refrain entonné dans les foyers musulmans :
« O Bayt Al Maqdis ne t’attriste pas, Bilal reviendra pour lancer l’appel à la prière. »
En attendant, nos prières et nos pensées sont avec vous…
H.B.