Controverses et tensions autour de l’Evras

Le guide d’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) suscite le débat alors que le parlement a adopté le décret rendant obligatoire ces animations en quatrième secondaire et sixième primaire. Plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies ce jeudi pour afficher leur mécontentement devant la rue des colonies à Bruxelles, en pleine séance plénière du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sans toutefois empêcher l’adoption du décret en fin d’après-midi. 

Depuis cette rentrée scolaire, les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles (4ème secondaire et 6èmeprimaire) recevront une animation relative à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Il s’agira finalement d’une seule animation au lieu de deux prévues au départ, c’est ce que confirme le cabinet de la ministre de l’Education, Caroline Désir. Un budget de 5 millions d’euros a été dégagé afin de dispenser cette animation à l’ensemble des classes concernées, soit au total 115 000 élèves (85 000 en Wallonie, 25 000 à Bruxelles). Mais si Evras suscite une telle résistance, c’est en grande partie en raison des craintes liés au contenu de ces animations. 

Le guide a été modifié

Des inquiétudes relayées dès le mois d’octobre dernier, lorsque de nombreux professionnels de la petite enfance ont alerté sur plusieurs passages du guide jugés problématiques. Les critiques concernaient l’identité de genre (question qui pouvait, selon le guide, être abordé dès la maternelle), et la possibilité de se sentir libre d’envoyer des messages à caractère sexuel (sextos) dès l’âge de 9 ans. Face à la levée de boucliers de pédopsychiatres et de parents outrés, le guide a été modifié. Face à ces passages jugés dangereux, la ministre de l’Éducation, Caroline Désir a demandé aux différents acteurs de se pencher à nouveau sur le guide pour supprimer ou modifier les parties litigieuses.  Mais ces aménagements ne suffisent pas à rassurer les parents d’élèves qui estiment que ce n’est pas le rôle de l’école d’évoquer ces sujets liés à la vie intime et privée des enfants. 

Opposition d’associations musulmanes

Dans un communiqué, plusieurs associations musulmanes ont exprimé leur désaccord profond envers le guide. «Cette décision nous semble aller à l’encontre des valeurs universelles et inviolables du cadre de l’éducation familiale et aux intérêts des élèves ainsi que de leurs famillesNous resterons vigilants et continuerons à défendre le droit des familles à choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants, tout en garantissant une communication ouverte et respectueuse sur ce sujet délicat » indique le communiqué signé par la Diyanet de Belgique, la Fédération Islamique de Belgique, la Fédération des Mosquées Albanaises de Belgique, les Associations des Mosquées Africaines de Belgique, l’Union des Mosquées de Liège, la Communauté Islamique Bosniaque de Belgique et les Associations Culturelle Turque Islamique Ehli-Beyt. Le collectif Innocence En Danger (IED) envisage de porter l’affaire devant la justice : « Une levée de fonds est lancée afin de porter l’affaire devant la Cour Constitutionnelle et au pénal. L’école n’a pas mission d’éducation mais un devoir d’instruction et d’enseignement. Les questions liées à la sexualité et à l’intime, ou du genre sont des questions d’adulte en souffrance. Exposer des enfants qui n’ont pas encore atteint la puberté, c’est les confronter à des questions qu’ils ne se posent pas et qui vont perturber leur développement psychique. Nous nous y opposons, c’est un pied dans la porte, les hommes politiques rendent obligatoires ces animations en fin de primaire et en 4ème secondaire mais l’idée est déjà instillée dans d’autres classes d’élèves beaucoup plus jeunes. Ce n’est qu’un début, les parents doivent se mobiliser pour faire valoir leur autorité parentale » affirme Kevin, porte-parole du collectif. 

Interrogée par la RTBF, la ministre de l’Éducation a tenu à rassurer : « Nos intentions sont nobles. On ne va évidemment pas encourager une hypersexualisation chez les jeunes, on ne va pas susciter une orientation sexuelle ou une identité de genre, on ne va pas donner des cours de pratiques sexuelles. C’est inadmissible de faire peur aux parents sur ce sujet. » 

H.B.

Laisser un commentaire